jeudi 31 janvier 2013

Au Bonheur des Dames, Zola

Onzième roman de la série des Rougon-Macquart, Au Bonheur des Dames d’Émile Zola, auteur majeur du courant naturaliste, nous raconte l’histoire de Denise Baudu, arrivée à Paris avec ses deux frères afin de trouver un emploi.
Après de nombreux déboires, elle est finalement engagée au Bonheur des Dames, magasin en plein expansion, et y découvre alors son fonctionnement. « Alors Denise eut la sensation d’une machine, fonctionnant à haute pression, et dont le branle aurait gagné jusqu’aux étalages. » Denise finira par évoluer au sein de ce grand magasin et une intrigue sentimentale naîtra dans sa vie.
Au travers des diverses intrigues, l’auteur nous livre ici une description précise de l’accroissement et du développement commercial des grands magasins, et cela, face aux petits commerçants impuissants. Zola nous dresse ici un portrait de l’évolution de la société vers un monde capitaliste dans lequel le rendement reste une priorité. Les rouages du fonctionnement du magasin sont donc méticuleusement analysés, la description tenant une place importante dans le roman. La femme est aussi au cœur des préoccupations de ce nouveau commerce. Par ailleurs, nous avons aussi la représentation d’une ascension sociale, celle de Denise.

mercredi 30 janvier 2013

Peter Pan de Régis Loisel
 
Ne vous fiez surtout pas à son titre : cette version de Peter Pan revisitée par Régis Loisel aux éditions Vents d'Ouest n'est pas à mettre entre les mains des enfants ! Auteur dans les années quatre-vingts de La Quête de l'oiseau du temps, série d'heroic fantasy, Loisel imagine ici un prélude aux aventures du célèbre  héros. Si le fantastique opère toujours, cette série en bande dessinée nous entraîne bien loin de l'univers onirique créé par J. M. Barrie en 1902.  Apre et crû, le récit s'inspire davantage d'Oliver Twist en nous plongeant dans les bas-fonds de Londres, hanté par Jack l'Eventreur. Le jeune Peter, battu et chassé par une mère alcoolique, y côtoie la misère la plus sordide. Seul le rêve lui permet d'échapper un instant à la sinistre réalité. Au plus fort du désespoir, la rencontre de la minuscule fée Clochette ouvre les pages d'une autre histoire, celle où les rêves sont la réalité...
Le trait de Loisel, extrêmement fouillé, exprime à merveille les sentiments complexes qui animent Peter Pan et la violence d'un monde sans pitié pour les enfants. Cette sombre vision, illuminée tout de même par le pouvoir de la magie, séduira tous ceux qui se méfient des contes de fée !

mardi 29 janvier 2013

Dracula de Bram Stoker


Dracula, le terrifiant « non-mort ».

« Quel homme était-ce donc - ou plutôt, quelle créature sous une apparence humaine ? Je sentis soudain m'envahir toute la menace de cet horrible endroit. J'ai peur - une peur atroce, d'autant plus atroce que je la sais sans issue. Je suis prisonnier de terreurs auxquelles je n'ose même pas penser. »

Dracula, est l’œuvre majeure de Bram Stoker. Il y a travaillé pendant dix ans, avant de la publier en 1897. Entre la parution de L'Étrange Cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson en 1886 et la vague de crimes commis à Londres par Jack L’Éventreur en 1888, l’auteur baignait dans une atmosphère gothique propice à l’écriture.
Pour créer le personnage du comte Dracula, Bram Stoker s’est inspiré de Vlad l’Empaleur, célèbre prince de la Valachie du XVe siècle. Il pose dans son roman les principales caractéristiques du vampire : apparition à la nuit, transformation, absence de reflet dans les miroirs et grande capacité de séduction. Car Dracula n’est pas qu’un buveur de sang, c’est avant tout un aristocrate raffiné et vif d’esprit.
Le récit commence avec son désir de quitter la région dépeuplée de Transylvanie pour aller s’installer à Londres. Pour ce faire, il fait appel à Jonathan Harker, jeune clerc de notaire. Mais en s’attaquant au jeune homme ainsi qu’à la meilleure amie de sa fiancée, Dracula attire sur lui l’attention du professeur Van Helsing qui mettra tout en œuvre pour l’arrêter.
Le roman aborde une grande variété de thèmes, tels que la folie, l'amour, ou la foi. De plus, la présentation du récit sous forme de documents écrits, journaux intimes, lettres, rapports officiels ou télégrammes, plongent le lecteur au cœur de l’intrigue. L’histoire fascine du début à la fin.
Dracula est un roman qui s’adresse à tous les mordus de lecture !

L'Ecume des jours de Boris Vian



« Les histoires d’amour finissent mal en général » et L’Ecume des jours ne fait pas exception à la règle. Publié à la fin des années 1940, ce roman raconte la tragique histoire d’amour de Colin et Chloé. Oscillant entre le conte et la science fiction, l’humour et le grinçant, Boris Vian décrit la rencontre coup de foudre puis la longue descente aux enfers du couple, suite à la découverte d’un nénuphar dans le poumon de Chloé.
Dans cette société surréaliste, les maisons évoluent au gré de la santé de ses occupants et leurs tuyauteries abritent des anguilles et des truites propres à la consommation. Une des grandes réussites du roman est sans aucun doute le pianocktail de Colin : chaque note correspond à un ingrédient et la machine élabore un cocktail en fonction du morceau joué.
Grand amateur de jazz, Boris a fait de cette musique noire américaine un élément central du roman. Lors de sa rencontre avec Chloé, Colin, bafouillant, lui demande ainsi si elle est « arrangée par Duke Ellington ». Imprégnant tout le roman, cette ambiance musical permet d’adoucir la dureté de certaines situations auxquelles est confronté le couple quand la maladie de Chloé se déclare.

lundi 28 janvier 2013

Le corps exquis, Poppy Z. Brite

Horreur et sublime n'ont jamais aussi bien rimé que dans l'écriture crue et viscérale de Poppy Z. Brite.
Violeur séropositif et nécrophile homosexuel, voici le portrait d'Andrew Compton évadé de prison en faisant croire à sa propre mort. Sa rencontre avec un jeune drogué prostitué du nom de Tran offre à l'amateur de sensations fortes de quoi satisfaire ses désirs morbides de chair et de sang. Si Tran est la victime parfaite, ce roman ne laissera pas non plus le lecteur indemne.

Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand

“Ah ! Que pour ton bonheur je donnerais le mien,
Quand même tu devrais n'en savoir jamais rien”.

Le personnage de Cyrano est un mélange de pathos et de sublime, inspiré de la Commedia dell'Arte. Il est romantique, héroïque, drôle, spirituel, touchant… Mais son nez, “qui d’un quart d’heure en tout lieu le précède”, l’empêche d’avouer son amour à Roxane, de peur qu’elle rejette sa laideur. Roxane est une précieuse. Elle aime les beaux discours et Christian, un jeune cadet que Cyrano va promettre de protéger par amour pour la belle. Mais Christian n’a pas d’esprit tandis que Cyrano n'en manque pas. Aussi les deux hommes vont-ils passer un pacte pour séduire Roxane en alliant la beauté de l'un au verbe de l'autre. C’est le schéma traditionnel du triangle amoureux sur fond de cape et d'épée et de tragédie classique. Pourtant le lecteur s'emballe en même temps que l'histoire s'accélère au rythme des tirades immortelles prononcées par notre héros. Les duels se multiplient, les épées jaillissent hors de leur étui, le sang coule, et des hommes tombent à terre. A quelques pas de là, dans un jardin, Cyrano, caché dans un bosquet se déclare à travers Christian et Roxane donne son premier baiser. 

Dans son premier grand succès, Edmond Rostand a su condenser tout le génie de la littérature française: humour, poésie et romance s’entremêlent pour offrir au lecteur une pièce sans pareil qui le fait glisser, à chaque instant “Du sourire au soupir, et du soupir aux larmes !”. 

Ils sont votre désespoir et vous êtes leur crainte
Thierry Jonquet
2006


Ecrit bien avant les émeutes de 2005 et le meurtre d’Ilan Halimi, ce magistral roman noir est visionnaire.
Une jeune prof juive est nommée à Certigny, ville imaginaire (mais si réaliste !) de Seine Saint Denis.
Ses collégiens, plongés dans un quotidien de violence, de misère culturelle et d’intégrisme religieux sont pour beaucoup en échec scolaire.
Cependant, un jeune se détache par son intelligence et sa créativité : Lakdar.
Malheureusement, suite à une erreur médicale, il perd l’usage de la main droite  en même temps que le plus cher de ses rêves : devenir illustrateur de BD.
Il se laisse alors convaincre par les djihadistes de son quartier que l’erreur du médecin, un « feuj », était intentionnelle.
Il sombre alors dans l’intégrisme, au point d’enlever et de torturer le frère de ce jeune médecin, avant de se suicider.
En marge de cette histoire principale, gravitent d’autres personnages : des trafiquants de drogue, un substitut du procureur désabusé, d’autres collégiens, sur fond d’émeutes.
La révolte, la pauvreté, le sentiment d’abandon et de rejet des habitants de cette ville fantôme nous rappelle à la citation de Victor Hugo à propos des communards, toujours d’actualité.