vendredi 1 février 2013

Art, de Yasmina Reza.

L'auteur dramatique Yasmina Reza, sera consacré en 1994 pour sa pièce de théâtre Art.
C'est sûr une pièce de théâtre c'est mieux  à voir dans un fauteuil rouge, mais Art est tellement inépuisable de talent, de sens cachés, d'humour et de réflexions sur les relations humaines qu'elle peut se lire et se relire comme un  roman. Son heureux lecteur prendra aussi plaisir à lire à haute-voix les dialogues drôles et nerveux de cette pièce qui fût interprétée notamment par Pierre Arditi et Fabrice Luchini.
Voici le contexte: Imaginez votre meilleur ami dépense une somme incroyable pour un tableau tout blanc et s'en justifie par des raisons que vous ne pourrez jamais comprendre. Vous vous apercevez alors que désormais votre ami de toujours vous échappe...et c'est tout votre être qui s'en trouve chamboulé !
Connu et reconnu dans une trentaine de pays, Art reçu plusieurs récompenses prestigieuses et est étudiée dans les lycées. Un véritable coup de coeur !



Des impatientes, Sylvain Pattieu

Un énième livre sur les profs ?
Encore un livre sur les profs se dit-on quand on lit la quatrième de couverture du roman de Sylvain Pattieu, Des impatientes. Il serait pourtant dommage d'en rester là. Ce premier roman surfe sur la vague du succès d'Entre les murs, et pourtant n'est en rien comparable à cette œuvre.
Entre récit sociologique et critique de notre société de consommation, nous suivons avec avidité les vies de Kevin, jeune professeur en plein chagrin d'amour, Aziz étudiant brillant qui a dû renoncé à ses ambitions, et enfin Alima et Bintou, que le destin a réuni de manière(100 mots) improbable. Nous sommes happés par une première partie qui se passe « au lycée », pour ensuite nous retrouver plongés dans le monde du travail. Car l'ambition de Sylvain Pattieu, lui-même professeur d'histoire mordu de sociologie, est de montrer les hasards de la vie et la capacité de chacun à se relever et affronter les épreuves qui se trouvent sur sa route.
Roman original, fruit d'un subtil mélange entre les différentes facettes de son auteur, il est également déroutant. Après une première partie entraînante, le reste du livre nous laisse sur notre faim. Avec l'apparition du monde du travail, ce sont les pensées des héroïnes qui disparaissent et avec elles nos repères. Le livre est ainsi conçu comme deux textes à part, la force de l'auteur étant de les associer pour livrer son message.

La Peau de chagrin d'Honoré de Balzac


  Honoré de Balzac est l'un des grands auteurs du xixe siècle. Très vite, l'auteur s'est tourné vers l'écriture d'abord en tant que critique, puis en devenant romancier. Avec La Peau de chagrin, l'auteur signe son premier roman philosophique de la Comédie humaine.

  Nous découvrons dans cet ouvrage, la noirceur de la pauvreté par l'intermédiaire de son personnage principal : Raphaël de Valentin. Ce jeune aristocrate ruiné, décide de mettre fin à ses jours. Quand son regard se pose sur une boutique d'antiquaire, Raphaël est immédiatement attiré par celle-ci et plus particulièrement par une peau d'onagre. Cette dernière recèle un pouvoir magique : celui d'exaucer tous ses désirs. Par ce talisman, le jeune Raphaël reprend goût à la vie, mais se rend rapidement à l'évidence, qu'il y a toujours des conséquences. « Ceci est un talisman qui accomplit mes désirs, et représente ma vie. Vois ce qu'il en reste. »

  En adaptant le thème classique du pacte avec le Diable, Balzac montre qu'il y a toujours un prix à payer. Le roman traite également de sujets et de problèmes encore d'actualité dans lesquels nous pouvons tous nous retrouver. 


jeudi 31 janvier 2013

Fahrenheit 451, température à laquelle un livre s'enflamme et se consume


Montag est pompier. C’est à dire qu’il manie une lance à pétrole et, quand l’alarme résonne dans la caserne, il s’élance pour brûler des livres et incendier les maisons qui les abritent. Pas le temps de réfléchir au bien fondé des lois ou à l’origine de tout cela quand votre esprit est submergé au quotidien par les incessants torrents déversés par les murs-écrans du salon, les haut-parleurs du métro, les petits écouteurs insérés dans vos oreilles. Mais une rencontre inattendue avec une jeune fille pourrait allumer une flamme d’une autre nature…

Avec Fahrenheit 451, Ray Bradbury nous offre une vision angoissée et angoissante de l’avenir tel qu’il se profile à l’époque où il écrit, en 1953. C’est avec un esprit lucide et critique qu’il dépeint les dérives possibles de notre société de consommation lancée à toute vitesse dans une course en avant, refusant de voir le mur vers lequel elle se précipite. La réflexion tourmente l’homme et le rend malheureux ? Ne lui laissons plus une occasion de penser, remplissions son temps libre de bruit et de publicités, d’attractions violentes et d’amis virtuels l’abrutissant jour et nuit de leurs bavardages inconsistants. Les livres font réfléchir ? Brûlons les livres !
Loin d’être obsolète, ce roman d’anticipation reste d’une actualité déroutante, effrayante mise en garde dans notre monde où la télévision occupe un autel dans chaque salon. Bien que cette dystopie soit extrême, l’évolution de la société tend à confirmer la prédiction glaçante de Bradbury. Au beau milieu du livre, une mère évoque ses enfants : « On les fourre dans le salon et on appuie sur le bouton. C’est comme la lessive ; on enfourne le linge dans la machine et on claque le couvercle. » Si l’inhumanité des mots choque, qui irait nier la réalité de cette scène dans bien des foyers modernes ?
Bradbury ne condamne toutefois pas l’humanité à sa destruction totale et inéluctable. Son style riche en métaphores et sa prose teintée de poésie donnent lieu à des moments de grâce où l’espoir renaît dans cet univers terne. Et si l’homme ne peut éviter de se détruire, peut-être peut-il aussi, à l’instar du phénix, ressurgir de ses propres cendres…

Le Club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia


Que vous soyez un optimiste ou non, bienvenue au club de Jean-Michel Guenassia ! Vous y rencontrerez Michel Marini, un garçon de 12 ans amateur de baby-foot, de photographie et de livres, Igor, Léonid, Imré, Sacha et bien d'autres qui ont fui l'est de l'Europe abandonnant travail, famille et convictions. Vous pourrez aussi apercevoir Sartre ou Kessel en quête d'inspiration. 
Y refait-on le monde ? De temps en temps... Mais, avant toutes choses, on y joue aux échecs et, entre deux parties, quelques échanges nostalgiques, revendicateurs ou pleins d'humour sont de mise.
Dans ce Paris des années 60, Jean-Michel Guenassia nous dresse des portraits d'hommes déracinés qui ont su garder le goût de vivre. Celui-ci nous semble d'autant plus admirable que nous parvient l'écho de la guerre d'Algérie et que se dessine l'angoisse de la vie sous le joug soviétique.

« Assis sur la banquette, Igor et Werner se parlaient de leurs vies passées et restaient étrangers à cette agitation.
   - Ça n'a pas du être facile pour vous, lui a dit Igor.
   - Ça n'a pas été facile pour vous non plus.
   - L'important, c'est d'être vivant, non ?
   - Oui, il faut penser à l'avenir.
   - Si nous, nous ne sommes pas optimistes, qui le sera ? »

Ce livre fait définitivement parti des lectures qui vous marquent et dont on ressort grandi, notamment par la dimension historique que l'auteur a su apporter au récit. Il ne s'agit pas pour autant d'un roman historique mais bien d'une fiction, teintée de drames et de secrets, qui nous tient en haleine jusqu'à la fin.


Un hobbit sort de son trou


Amateur de simplicité, J.R.R. Tolkien se décrivait lui-même comme un hobbit : « En fait, je suis un hobbit, en tout sauf en taille. J’aime les jardins, les arbres, les cultures non mécanisées ; je fume la pipe, j’aime la bonne nourriture simple […] Je ne voyage guère. »
En effet, les hobbits ne quittent jamais leur chère Comté et Bilbo Baggins, le héros de Bilbo le hobbit, ne fait pas exception à cette règle. S’il finit par partir à l’aventure c’est parce que le magicien Gandalf lui demande de se joindre à la compagnie de Thorïn Écu-de-Chêne. Ce dernier, accompagné de douze autres nains, veut reprendre son royaume perdu d’Erebor, tombé aux griffes du dragon Smaug il y a fort longtemps. D’abord réticent à la perspective de rencontrer un dragon, Bilbo finit par se laisser convaincre et part pour les Terres Sauvages à la rencontre de trolls, d’elfes et de gobelins en nous entraînant avec lui.
C’est par ce premier roman, publié en 1937, que Tolkien nous présente la Terre du Milieu. La création de ce monde aura occupé la majeure partie de sa vie, des années 1910 jusqu’à sa mort en 1973, et nous pouvons le découvrir davantage dans Le Seigneur des Anneaux et Le Silmarillon, entre autres. Ces trois ouvrages sont ses œuvres les plus connues mais elles ne représentent que l’infime partie émergée d’un immense iceberg.

 « Ceci est le récit de la façon dont un Baggins eut une aventure et se trouva dire et faire les choses les plus inattendues. Il se peut qu'il y ait perdu le respect de ses voisins, mais il y gagna... eh bien, vous verrez s'il y gagna quelque chose en fin de compte. »

                        "Un amour de Swann" dans A la recherche du temps perdu de Marcel Proust


De son vrai nom, Louis Georges Eugène Marcel dit Marcel Proust a composé une œuvre universelle retraçant une "comédie-humaine de la Belle Époque" du XIXème siècle dans A la Recherche du temps perdu, une véritable "cathédrale" littéraire pour reprendre ses termes. Du côté de chez Swann, publié en 1913 est le premier tome de la Recherche, et contient notamment " Un amour de Swann", roman qui peut être lu indépendamment du reste de l’œuvre.Charles Swann est fou amoureux d'Odette de Crécy qui le refuse. Certes, il s'agit d'un roman qui fait presque deux cent pages, avec des phrases très longues faisant perdre la tête au lecteur, néanmoins la fin demeure splendide: "J'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas,qui n'était pas mon genre". Le tour de force de Proust, c'est d'avoir réussi à captiver son lecteur pour parler d'un amour en réalité inexistant, deux cent pages merveilleuses pour parler du vide de l'existence." Un amour de Swann" se présente en effet  avant tout comme une réflexion sur l'amour et la jalousie, redoublée d'un sentiment de l'échec et du vide de l'existence. Proust disait à juste titre: "on n'aime que ce qu'on ne possède pas tout entier". Charles Swann désire Odette de Crécy parce qu'elle le refuse.
De plus, "Un amour de Swann" devient magique et prend toute sa poésie par le passage portant sur la "Sonate de Vinteuil", où l'on voit se développer toute une réflexion sur la découverte de l'art. Ce passage se définit comme une véritable hypotypose transportant ainsi le lecteur face à la scène et Proust, d'ailleurs, considérait la musique comme la "communication des âmes", autrement dit un "alter ego du langage".
Des périodes, des descriptions longues sont présentes dans le roman mais n'altèrent en rien la grande qualité  de l'ouvrage. Ramon Fernandez disait qu'"Un amour de Swann est comme un lavis de la philosophie de Proust".