samedi 2 février 2013

Le Vicomte pourfendu, Italo Calvino


Le vicomte Médard de Terralba s’en va en guerre contre les Turcs. Comme il est foudroyé de la tête aux pieds par un boulet de canon, il ne subsiste du cavalier que la moitié droite. Cette dernière s’avère être cruelle et sadique.
Ce demi-corps des plus odieux regagne ses pénates pour y semer le trouble et la terreur. En effet, obsédé par sa nouvelle condition, le vicomte scinde tout en deux sur son passage ! Un jour, alors qu’il souhaite épouser la jeune bergère Pamela, Médard se rend compte qu’il a un rival amoureux de grande importance : son autre moitié !

A travers ce conte fantastique et allégorique, premier volet de la trilogie Nos ancêtres, Italo Calvino nous offre une belle réflexion sur la dualité de l’être humain, qui n'est « ni ange ni bête », et sur la nécessité de trouver la juste mesure pour se sentir entier !

Entrez dans l’univers fabuleux d’Italo Calvino, écrivain et philosophe italien, membre de l’OuLiPo, et laissez-vous charmer par son écriture fine et ironique où tout devient possible !

Le Vicomte pourfendu par Italo Calvino (Le Livre de poche,1952), 122 pages.

A découvrir : dans la trilogie Nos ancêtres : Le Baron perché (1957)
                                                                         Le Chevalier inexistant (1959)

Bel-Ami , Guy de Maupassant

Bel-Ami, un classique à revisiter pour sa troublante modernité.
 Le roman de Guy de Maupassant, paru en 1885 dans le journal Gil Blas, dépeint l’ascension sociale de Georges Duroy, irrésistible séducteur et opportuniste sans scrupules. Au fil des pages, Duroy, l’ambitieux à l’esprit calculateur, se fait porte-parole des manigances d’une époque, témoin des dessous de la presse et de la bourgeoisie parisienne du xixe siècle, deux milieux que Maupassant connaît bien. C’est ainsi que Duroy, surnommé « Bel-Ami » par la fille d’une de ses conquêtes, conserve malgré tout l’empathie des lecteurs.
L’auteur choisit habilement sa crapule, un homme à femmes, viril, issu d’un milieu populaire mu par la volonté de se sortir de la misère. Cette volonté se transforme rapidement en ambition cynique et s’achève en triomphe égoïste : « Il ne voyait personne. Il ne pensait qu’à lui. » Le style de Maupassant est parfaitement maîtrisé, les descriptions fines, le narrateur omniscient. L’action progresse lentement : le lecteur va de surprise en surprise car Duroy ne recule devant rien. Rappelons que le roman se découvrit d’abord en feuilletons et qu’il fallait tenir en haleine le lectorat de l’époque.
Un peu Don juan, un peu Sorel, Duroy se rapproche tout autant des journalistes et vedettes d’aujourd’hui. Appétit de pouvoir, soif de séduction, fringale de réussite : ne sont-ils pas guidés par la recherche d’un triomphe à n’importe quel prix ? Le roman de Maupassant est toujours d’actualité.

vendredi 1 février 2013

Sommeil, Haruki Murakami



Que serait notre vie sans dormir ? Un gain de temps certainement ?  C'est là le phénomène que l’héroïne de Sommeil explore malgré elle. Tout bascule après l’apparition inquiétante d’un vieillard dans sa chambre. Est-ce un cauchemar, une hallucination ? Toujours est-il que depuis, jamais le sommeil ne lui reviendra. Voila sa petite vie bien rangée et déclinée entre la préparation des repas, les courses et les séances de piscine totalement bouleversée. Elle ne tardera cependant pas à en cerner tous les intérêts. 17 jours sans dormir c’est autant de temps pour se redécouvrir soi et le monde alentour, pour redécouvrir la grandeur de la littérature ou même la douceur du chocolat, mais surtout pour réaliser la monotonie d’une vie qui la veille encore lui paraissait satisfaisante. L’héroïne retrouve tous ses petits plaisirs oubliés et s’interroge avant tout sur son existence. Mais jusque où cette expérience la mènera-t-elle ?

Haruki Murakami nous livre encore une fois un petit chef d’œuvre teinté de questionnements : et si nous étions passés à côté de notre vie ? Difficile de ne pas se comparer au personnage et difficile de ne pas avoir, comme celui-ci, le souffle coupé. Car toute l’originalité de cette œuvre réside certainement dans la diversité de son approche. À l’instar des films de Kioshi Kurokawa (Kaïro, Jellyfish), Murakami flirte entre interrogations existentielles et fantastique tout en nous plongeant dans une atmosphère des plus pesantes. Une subtile association qui ne vous décevra pas. 

Dino Egger d’Éric Chevillard


Connaissez-vous les Chuck Norris facts ? ces prouesses (probablement exagérées) attribuées à un héros de pacotille, ranger à ses heures perdues. D’une certaine façon, Chevillard en reprend le principe mais pour évoquer un personnage d’une toute autre envergure, Dino Egger. Ses inventions, ses pensées, son oeuvre ont véritablement transformé l’humanité, à l’instar d’un Aristote ou d’un Einstein. Le monde – notre monde ! – n’aurait pas été le même sans lui. Un détail néanmoins. Dino Egger n’a jamais vécu.

Frappé par cette inexistence scandaleuse, Albert Moindre, l’autre personnage du livre, part à sa recherche, épluche les états civils, guette la moindre trace de cet être légendaire. A défaut, il imagine les multiples circonstances dans lesquelles il aurait pu naître. Au cours de sa quête, narrée sous forme de monologue, Moindre s’arrache à lui-même afin de révéler les facts de Dino.

Chevillard excelle dans la composition de textes ludiques alliant un nonsense candide et une poésie désenchantée. Dans ce roman métaphysique, Dino Egger possède les allures d’un Godot à l’inexistence trop remplie, saturée d’attentes. L’ouvrage met également en scène une vie moindre, le destin d’un homme pas tout à fait à la hauteur de ses prétentions, engagé dans un combat intérieur, démesuré et dérisoire.

Éric Chevillard, Dino Egger, Paris, Minuit, 2011, 160 p.

Le Désert des Tartares de Dino Buzzati

« Quelque chose s’approchait, venant du septentrion, ce qui, de mémoire d’homme, ne s’était jamais produit. »

Lorsqu’il apprend son affectation au Fort Bastiani, le jeune officier Drogo ne peut cacher son enthousiasme. Fini l’Ecole militaire, place à l’action. Il va enfin pouvoir se confronter au terrain. Cependant, arrivé au fort, il découvre un lieu isolé, censé protéger une frontière, et bordé par un désert immense et aride : le désert des Tartares. A l’autre bout du désert, il y a l’ennemi. Les jours passent, puis les semaines et les mois… Mais quel est donc cet ennemi, présent dans l’esprit de tous les soldats, mais qui tarde à venir ? Quelles sont ces ombres à l’horizon ? Et quel peut être le rôle de ce fort retiré du monde ?

Publié en 1940, le roman devient très vite un succès mondial. A l’aube de la seconde guerre mondiale, Dino Buzzati explore de manière pertinente des thèmes universels tels la mort, l’espoir et la fuite du temps, mais il propose aussi une réflexion sur le conditionnement de l’esprit.
Dino Buzzati nous offre une œuvre bouleversante, dans laquelle l’homme n’est plus maître de son destin, et sacrifie sa jeunesse pour des causes incertaines. Car au fort Bastiani, l’espoir, c’est la mort…

Le survivant


Joanne Kathleen Rowling a touché de nombreux lecteurs et s’est imposée comme un nouveau modèle de la littérature de jeunesse grâce à la saga des Harry Potter. Cette saga a contribué à renouveler l’engouement des jeunes pour la littérature.
Harry Potter à l’école des sorciers est le premier des sept tomes la composant et offre une toute nouvelle image du merveilleux.
La magie opère parce-que J.K. Rowling écrit avec humanité. Les personnages évoluent dans un monde en apparence différent du notre mais dont les fondements et idées sont issus de notre culture.
 T.R.R Tolkien avait lui aussi montré dans les années trente que le merveilleux et le fantastique avaient leur place dans la littérature notamment grâce à son œuvre intitulée Le seigneur des anneaux.
Certains diront que les Harry Potter s’adressent à la jeunesse.
Pourtant, on s’aperçoit qu'un grand nombre de lecteurs avaient plus de trente ou quarante ans lorsqu’ils ont dévoré le premier roman.
L’univers enfantin des premiers chapitres s’assombrit et laisse place à une franche immersion dans la violence et la mort. 
Dans le roman, Harry est présenté comme un héros : « A la santé de Harry Potter le survivant ». 
Pourtant il ne pense pas être un héros, il évolue dans un monde où la souffrance et la mort sont apaisées par l’amitié et l’amour. En ce sens, ce roman s’adresse à tous ceux dont l’âme d’enfant a pu être préservée.

Rêveurs, d'Alain Blottière.

Rêveurs est un roman sorti lors de la rentrée littéraire 201 . Rouge, noir et or seraient les couleurs de ce roman presque picturale.
Le discret Alain Blottière partage actuellement sa vie entre Paris et le Caire, et écrit aussi des essais consacrés à l'Egypte actuelle et passé. Ces deux dernières villes sont présentent dans Rêveurs, où il évoque des personnages, des situations et des lieux auxquels il a déjà fait face en réalité dans ces deux villes.
Dans ce roman, l'auteur nous présente successivement Nathan, un adolescent parisien orphelin de mère et choyé par son père, et Goma un jeune égyptien, orphelin de père, qui subit les violences liées à la révolution en marche dans son pays.
Ces deux jeunes hommes, qui au début ne se connaissent pas, entre brutalement dans la vie. Pour exprimer son mal être Nathan se fait violence et manque de mourir plusieurs fois, tandis qu' au même moment Goma doit se battre pour rester digne face aux violences de l'armée, à la pauvreté et à l'abandon de sa famille.
Le roman se divise en deux parties, dans la première, l'auteur nous fait passer de Goma à Nathan dans un même paragraphe, voici un extrait pour mieux voir comment les deux vies s'enchaînent:
« Goma, malgré les protestations de Ragab, a tenu à s’asseoir quelques minutes sur un tapis, adossé à un pilier, pour savourer la paix après avoir fermé les yeux
dans l’église, et alors Nathan a vu l’image du cadavre fondre, perdre peu à peu ses contours et ses couleurs puis se diluer dans l’oubli des rêves. » (p. 23)
La seconde partie commence lorsque le père de Nathan décide partir avec ce dernier, et sa petite amie, en vacances en Egypte, c'est alors que Nathan va croiser Goma et à ce moment là... soit vous imaginer la suite ou bien vous lisez ce très beau roman qui vaut le détour malgré un contexte peu avenant. En effet, Alain Blottière ne nous ménage pas et ne cache pas les horreurs liées aux violences de l'armée et les scènes de pauvreté visibles quotidiennement au Caire.
Avec Rêveurs, Alain Blottière prend des sujets d'actualités tels que la révolution égyptienne, le jeu du foulard ou  l'immigration pour en faire un roman poétique qui prône l'ouverture à l'autre et la sagesse.