lundi 28 janvier 2013

Amour, Prozac et autres curiosités de Lucia Etxebarria


La condition de la femme. Voilà un sujet qui fait débat depuis des années à travers le monde. C’est justement ce problème que l’espagnole Lucia Etxebarria explore à travers son roman  Amour, Prozac et autres curiosités  paru en 1997.

Elle nous expose le quotidien de trois sœurs, Ana, Rosa et Cristina, vivant à Madrid après « la movida », mouvement culturel des années 80 qui inonde le pays avec la culture occidentale. En apparence tous les sépare, des caractères différents, des parcours diamétralement opposés et pourtant le même mal-être, la même préoccupation, comment trouver sa place dans cette société  en tant que femme. Chacune, tour à tour narratrice, elles nous racontent leur histoire, analysent leur vie et mettent à nue leurs craintes et leurs désirs. L’écriture franche,  directe de l’auteur donne une extrême intensité aux discours de ces femmes et porte sur leur condition une grande lucidité. Leurs parcours peuvent sembler extrêmes, voire caricaturaux au début de la lecture. Pourtant, c’est justement cet aspect du récit qui met habilement en lumière les travers de la société et nous oblige à ouvrir les yeux sur la condition des femmes. «Quel est le sens de la vie d’une femme de trente ans, brillante, professionnelle, bien payée et seule ? » telle est le genre de question abordée de manière impudique, presque cruelle par Lucia Etxebarria dans cette œuvre considérée comme « le roman d’une génération ».

Un autre Israël est possible, vingt porteurs d’alternatives



Le conflit israélo-palestinien a régulièrement sa place dans les médias français. Mais on sait peu de choses sur le paysage politique et associatif israélien. Les auteurs ont choisi de présenter, sous forme d’interviews, différents points de vue d’hommes et de femmes qui participent à la vie civile et politique d’aujourd’hui en Israël. Ils ou elles sont responsables d’association, militants politiques, députés, universitaires, cinéaste, ou simple lycéen et exposent leurs idées pour des alternatives à la politique actuelle, pour des solutions au conflit israélo-palestinien et pour un mieux-vivre ensemble au sein même de la société multiculturelle israélienne.

Pour ceux qui ne veulent pas se contenter des brefs commentaires suite aux élections législatives récentes, ce livre apporte énormément d’informations sur l’histoire et la politique de ce pays (avec notamment des annexes en fin d’ouvrages qu’ils ne faut pas hésiter à consulter pendant la lecture) et on ressort de la lecture de ce livre avec la sensation que tout n’est pas perdu, qu’il y a encore de l’espoir et que des personnes se mobilisent pour un autre Israël.

Un autre Israël est possible, vingt porteurs d’alternatives,  Dominique Vidal et Michel Warschawski, Les Éditions de l’Atelier.

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline

« Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image :
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui ! »
Baudelaire, Les Fleurs du mal, « Le Voyage »


Paris en 1914.

Sur un coup de tête Ferdinand Bardamu, s'engage dans les troupes françaises. Ici débute ce grand roman picaresque du xxe siècle.
La guerre lui fait prendre conscience qu' « on est puceau de l'Horreur comme on l'est de la volupté ».
Alors pour fuir la folie meurtrière de la grande guerre, il part aux colonies. En Afrique, il découvre la cruauté du colonialisme. De nouveau écœuré, il repart, aux États-Unis cette fois, dans l'espoir d'une vie meilleure. Là-bas ce sont les travers du capitalisme Fordien qu'il rencontre.
Partout où le portent ses pas la misère humaine l'attend, avec son lot de malversations, de morts et de maladies en tout genre.
Céline nous livre une vision désenchantée de l'humanité ; dans son premier roman l'Homme est lâche, égoïste, misérable.
A travers ce voyage désolé une lumière nous guide néanmoins : la prose célinienne.
C'est avec une langue forte, rythmée, tour-à-tour vulgaire ou poétique que l'auteur nous dépeint la condition humaine.
Céline, ou l'enfant bâtard de La Rochefoucauld et d'une poissonnière parisienne.

Le Régiment monstrueux, Terry Pratchett


« J'veux pas que tu me prennes pour un gueulard, Licou ! Le caporal Croume était un gueulard, mais c'était un putain de politique ! Parole, j'suis pas homme à gueuler, mais si t'as pas regagné ton poste dans les trente secondes, je t'arrache la langue ! »

 
Sergent Jackrum, escouade des Dedans-Dehors, au rapport.

Dans ce 29e volume des « Annales du Disque-Monde », la plume acerbe de Terry Pratchett nous présente Margot, jeune serveuse d'une auberge miteuse d'un pays plus miteux encore, dénommé la Borogravie.
Dans les tourments d'une guerre frontalière avec la Zlobenia, Margot décide de se travestir et s'enrôler dans l'armée pour partir à la recherche de son frère perdu dans les conflits. Elle n'emporte avec elle que ses cheveux fraîchement coupés et son bien le plus précieux : une paire de chaussettes agilement coincée dans l'entrejambe de son pantalon.
Admirablement traduit par Patrick Couton (dont son travail sur l'ensemble de la collection lui a valu le grand prix de l'Imaginaire en 1998), ce roman vous engage aux côtés d'un régiment pour le moins insolite -- parmi les nouvelles recrues, entre autres : un troll sentimental, un vampire en pleine période d'abstinence, un sergent qui mène ses "gallonards" à la baguette à grands coups de subtilités de l'esprit. La troupe semble être la dernière à pouvoir sauver leur pays.
Brillant d'originalité, Le Régiment monstrueux fait mouche dans l'éternel débat sur l'égalité des sexes et la place des femmes dans la société. Ce cocktail explosif, saupoudré d'humour mordant et relevé d'un langage de soudard, vous fera trembler (de rire) pour ce monstrueux, mais délicieux régiment.

Engagez-vous, qu'on vous dit.




La Tendresse des crocodiles de Fred Bernard, chez Casterman écritures

La Tendresse des crocodiles est la première bande dessinée des aventures de Jeanne Picquigny, une jeune femme bourgeoise des années 30, aux mœurs libérées et dotée d'un caractère que peu d'hommes peuvent supporter. Dans cette première aventure le père de Jeanne, un illustre médecin, disparaît en Afrique sub-saharienne. Jeanne prend aussitôt congé de ses obligations et de son fiancé pour partir à sa recherche, équipée pour l'occasion de chaussures à talons, d'une superbe robe immaculée et surtout... d'une ombrelle pour se protéger du soleil. Heureusement pour elle Eugène Love Peacock lui vient en aide. Guide par métier, chasseur incorrigible par passion, et surtout alcoolique et malodorant, ce goujat va devoir supporter la belle Jeanne à travers la jungle, la brousse, sans oublier les marécages.
Rarement l'humour et la poésie de Fred Bernard furent aussi piquants et son trait si volubile. Et puis... comment ne pas s'attacher à Mademoiselle Picquigny ?

Polisse, de Maiwenn

Le dernier film de Maiwenn, Polisse, recompensé au festival de Cannes 2011, est un film d'une très grande qualité. Talentueux par la puissante émotion qui s'en dégage, novateur par la forme hybride qu'il incarne, Polisse, oscille entre le documentaire et la fiction, faisant plonger le public pendant plus de 2h00 au coeur du quotidien de la brigade de protection des mineurs. En montrant sans tabou et parfois avec humour, la réalité d'un sujet difficile, Maiwenn s'impose avec ce film coup de poing et signe ici un véritable chef d'oeuvre.

Le Voyageur sans bagage de Jean Anouilh

Premier grand succès théâtral de Jean Anouilh, Le Voyageur sans bagage est l'histoire de Gaston, un jeune homme devenu amnésique durant la Première Guerre mondiale. Il travaille comme jardinier dans un asile depuis que le directeur l'a recueilli. A la tête d'une véritable fortune, il va susciter la convoitise et la cupidité de nombreuses familles qui prétendent reconnaître en lui un fils ou un neveu. La rencontre avec la famille Renaud va le confronter à un passé douloureux et détestable. Mais est-on tenu à un éternel asservissement au passé? Ou inversement peut-on s'en affranchir et devenir un autre? Sur un ton à la fois drôle et grinçant, Jean Anouilh explore dans cette pièce le thème de l'identité avec brio et sagacité.