jeudi 28 février 2013

Je connais des îles lointaines, Louis Brauquier


Invitation au voyage, rêve d'ailleurs, ports du bout du monde... Laissez-vous emporter par la poésie de Louis Brauquier, poète marseillais méconnu, né avec le vingtième siècle. Agent des Messageries Maritimes, l'homme recherchait moins la gloire littéraire qu'un art de vivre et de travailler.

Réunie dans ce volume au titre évocateur, son œuvre poétique offre au lecteur la chance de redécouvrir cet univers maritime des années trente dont Marseille était le cœur, ville cosmopolite « où débarquent, passent, s'entreposent tant de clameurs ». Et l’au-delà de Suez, premier recueil paru en 1923, inspira ainsi Marcel Pagnol pour la création de sa pièce Marius. Car Louis Brauquier, lecteur de Rimbaud et de Cendrars, chante la beauté des « paquebots pleins d'assurance » qui traversent les mers, la fierté des capitaines au long cours, la noblesse des négociants. Les marchandises au nom étranger et les escales lointaines y sont parfois énumérées pour le plaisir de leurs sonorités, leur simple pouvoir d’évocation. Pas d’exotisme de pacotille, pourtant, lorsque Brauquier s’attarde sur le quotidien de son métier (« Voyage commercial ») ou sur les gestes des marins. Le mot est précis, technique. Il dit la dureté d’une condition (« Mort d’un docker »), la banalité des manœuvres, ces actes prosaïques que la poésie ennoblit. Sédentaire et nomade à la fois, le poète observe, depuis le quai, le spectacle des rites maritimes, contemple ceux qui accostent ou partent vers le large.

Eau douce pour navires, publié en 1930, contient ces vers, philosophie de l’exilé, du voyageur pour qui Marseille resta toujours le seul port d’attache :
 
« Je n’ai pas épuisé le bonheur du voyage,
La douceur de l’absence et le goût du retour ».

Embarquement immédiat...

5 bonnes raisons de mettre une droite à un dauphin (et autres conseils pratiques), Matthew Inman




Issue de l’imaginaire déjanté de Matthew Inman, 5 bonnes raisons de mettre une droite à un dauphin (et autres conseils pratiques) est un ouvrage délirant qui compile les meilleurs conseils illustrés du célèbre site de son créateur : Theoatmeat.com qui réunit petites histoires, quizz et bandes-dessinées (prix 2010 du meilleur blog du Times).

Matthew Inman, cet être de Seattle qui « subsiste, au jour le jour, grâce à un régime stable à base de grillons et de whisky » (nous informe sa succincte biographie), a l’aimable gentillesse de nous faire partager, avec l’aide des éditions 12bis, ce petit recueil pratique afin d’améliorer notre vie au quotidien.

Grâce à lui, nous apprenons « comment utiliser un point-virgule, la plus redoutée des ponctuations au monde » ou encore « Comment allumer un feu sans passer pour un abruti ».  Ludique et totalement décalé, Matthew Inman vous fera passer le temps tout en vous informant efficacement grâce à ses rubriques telles que « 8 bonnes raisons d’avoir un canadien comme animal de compagnie », « 8 façons de savoir si vos proches prévoient de vous dévorer » ou encore « 20 choses à connaître sur la bière ».

            Vous découvrez alors, au travers de ces judicieux conseils graphiques et sous forme de bandes-dessinées, un univers de bonhommes grassouillets, aux yeux globuleux, totalement fous et aux couleurs énergiques.

Dans la lignée de Simon’s cat de Simon Tofield, 5 bonnes raisons de mettre une droite à un dauphin (et autres conseils pratiques) est un livre de détente qui s’inspire de la vie quotidienne pour en grossir les côtés farfelus et vous faire rire à l’infini !

La république des mallettes de Pierre Péan

 " Il tient tout le monde, car il connaît toutes les combines et a placé l'argent de tout le monde ". Cette phrase d'un ancien dirigeant des services secrets français et rapportée par l'écrivain et journaliste Pierre Péan caractérise parfaitement le personnage principal de ce livre, un certain Alexandre Djouhri.

En effet, Pierre Péan brosse le portrait d'un homme aussi mystérieux que puissant dans le but de mettre en lumière le fonctionnement opaque des grands contrats civiles et militaires qui génèrent fréquemment des commissions occultes servant à financer les partis politiques français. L'auteur s'intéresse tout particulièrement au conflit entre chiraquiens et sarkozystes en soulignant son impact dans les choix industriels du début des années 2000.

Pierre Péan nous livre une image sombre des grands acteurs politiques et économiques français. Le journaliste considère que les décisions d'intérêt général prises par ces élites sont trop souvent guidées par des intérêts personnels. En dénonçant un tel système, l'auteur espère provoquer une prise de conscience collective qui rendrait enfin toutes ces pratiques inacceptables. Il effectue un véritable travail de journaliste d'investigation comme l'a fait le journaliste Jean Quatremer dans le livre Sexe, mensonges et médias dans lequel il dénonce le silence des médias français concernant les rapports de Dominique Strauss-Kahn envers les femmes.


       

mercredi 27 février 2013

Comptines assassines



‘So what do you think happened to Mr Cripps ?’ asked Mary.
‘Cucumber-nobblers, without the shadow of a doubt,’ said Mr Fuchsia without even drawing breath, ‘the Men in Green. Probably French. They’ve been jealous of le concombre anglais ever since the Hundred Years War, which was mostly about the right to buy and sell cucumbers in Europe.’

Jasper Fforde aime jouer avec les contes, et il le fait bien. Il faut dire que l’écrivain britannique n’en est pas à son coup d’essai : après avoir détourné les plus grands monuments de la littérature anglaise dans sa série Thursday Next, il s’attaque dans The Fourth Bear aux histoires pour enfants, et plus particulièrement aux nursery rhymes, comptines et berceuses de la blanche Albion.

Après avoir dénoué l’écheveau de fausses pistes qui entourait la mort de Humpty Dumpty dans The Big Over Easy, la Nursery Crime Division enquête sur la disparition d’une journaliste. Et ce n’est peut-être pas un hasard si la jeune femme, ardente militante pour les droits des ursidés, a pour surnom Boucles d’or… L’inspecteur Jack Spratt (il n’a tué qu’un seul géant, les autres étaient seulement grands), éloigné par son supérieur de la traque du psychopathe Bonhomme de pain d’épices, va rapidement se rendre compte que tous les témoins de cette affaire ont quelque chose à cacher. Quel était le scoop que Boucles d’or était sur le point de révéler ? Y aurait-il un lien avec les explosions mystérieuses de plusieurs éleveurs de concombres géants ? Et surtout, comment trois bols de bouillie servis au même moment peuvent-ils être à des températures si différentes ?

Bien plus léger que Pierre Dubois et ses sanglants Contes de crimes, Fforde se rapproche plus des romans burlesques de Terry Pratchett, sans pour autant verser dans la fantasy pure. Dans sa série des Nursery Crime Division, il utilise avec brio tous les codes du roman policier en y intégrant des personnages de contes avec une ingéniosité jubilatoire. Riche en jeux de mots et en références à la culture anglaise, ce roman a hélas peu de chances d’être un jour traduit en France, mais pour ceux que la langue de Shakespeare ne rebute pas il serait dommage de se priver d’une telle pépite d’inventivité.

L'Enfer, le silence, tome 4 de Blacksad par Diaz Canales et Guarnido




















Après les univers sombres, de Quelque Part Entre Les Ombres et d’Arctic-Nation, Diaz Canales nous plonge dans la ville colorée de la Nouvelle-Orléans, rythmée par le jazz et les carnavals. Chargé d’enquêter sur la disparition d’un pianiste renommé, le détective félin ne s’attend pas à découvrir une ténébreuse histoire. L’Enfer, le silence nous plonge dans les bas-fonds de la ville, où la drogue répand son poison, qui coule dans les veines, pendant qu’un mystérieux personnage costumé arpente les rues, d’une cape rouge sang, et qu’une chanson de blues résonne, son écho déchirant la nuit…






Le dessin de Guarnido, ancien dessinateur des studios Disney, s’avère toujours aussi efficace. Le trait, subtil et précis, est adroitement mis en valeur par les touches d’aquarelle. Chaque case étonne par sa beauté et la maîtrise du mouvement. En effet, le moindre détail est étudié avec soin, comme le révèle le passionnant ouvrage L’Histoire des aquarelles, qui expose « l’envers du décor », à travers les nombreux croquis et ébauches préparatoires à l’album.
Par ailleurs, ses personnages zoomorphes, n’ont jamais été aussi humains, avec leurs travers et leurs secrets.
Alors un dernier conseil : ne vous fiez jamais aux apparences, dans la ville du carnaval…



Le Petit Larousse illustré

Édition de 1905






« Je sème à tout vent »

Savez-vous quel est le point commun entre l'émission Des chiffres et des lettres, un discours prononcé à l'Académie Française et une grille de mots fléchés force 4 ? La réponse est : le dictionnaire.





Et pas n'importe lequel. Certes petit mais doté d'un grand cœur battant sous sa couverture au charme retenu, j'ai nommé Le Petit Larousse illustré.
Vous vous sentez rejetés des soirées mondaines ? Vos pulsions lexicomanes vous compliquent la vie ? Vous souhaiteriez enfin savoir comment on écrit « rhododendron » ? Séchez vos larmes et réconciliez-vous avec votre vie sociale car armé(e) du Petit Larousse illustré, référence de la langue française, vous serez enfin en mesure d'apporter à votre existence un souffle nouveau.

S'efforçant de nous rendre moins bêtes depuis le XIXe siècle, Le Petit Larousse persiste encore à ce jour à remplir sa divine mission et accomplit ainsi la prouesse de réunir en un seul volume moult fonctions : outre la liste exhaustive des noms communs et des noms propres, il s'agrémente d'illustrations porteuses de rêves et se fait à la fois géographe, latiniste et historien. En prime, il vous offre également la possibilité de pourfendre votre grand-mère au scrabble le dimanche. 

Alors n'hésitez plus : semez votre connaissance.

NB : non mentionné sur la notice d'utilisation, mais tout aussi utile à savoir, Le Petit Larousse est pourvu des fonctions annexes suivantes : presse papier, haltères et arme blanche.

Moi vivant, vous n'aurez jamais de pauses ou comment j'ai cru devenir libraire de Leslie Plée

Ancienne étudiante de l'IUT de Saint-Cloud option librairie, Leslie Plée nous livre le récit illustré de sa première expérience professionnelle en tant que libraire dans une grande surface culturelle.

Témoin des débuts de l'auteure dans la vie active, le lecteur suit les aventures et les désenchantements de Leslie Plée de son embauche à sa démission, qu'elle vit comme une véritable libération.

Sous forme de bande dessinée commentée, nous découvrons les aléas du métier et la déception grandissante de la narratrice. Cet ouvrage autobiographique est une critique à l'encontre des grandes surfaces culturelles qui ont désacralisé l'image qu'avait l'auteure de ce métier.

Les dessins, assez épurés sont de vrais outils à l'illustration des propos ; efficaces, ils permettent une lecture fluide et agréable. Ils sont d'ailleurs comparables au trait de Marjane Satrapi dans Persepolis.
La simplicité semble être le maître mot de l’œuvre : les personnages sont colorés sommairement. Le texte est quant à lui toujours en noir. Un fonds de couleur est présent pour indiquer les bulles correspondant aux paroles des personnages.

Tout a été pensé pour une lecture posée pendant laquelle le lecteur et futurs professionnels des métiers du livre que nous sommes évoluent avec le personnage principal qui a « (...) l'immense joie et l’énorme soulagement de vous remettre [sa] démission (...) ».